jeudi 28 octobre 2010

Dessine-moi une tête de mort






















Tandis que du côté de Saint-Marc (département de l'Artibonite, Haïti), des rigoles de merde serpentent entre les baraques, à Paris, on célèbre le petit prince d'origine haïtienne Basquiat, dont les toiles atteignent jusqu'à 14 millions de dollars pièce.

Têtes de mort, couronnes, jeux d'enfant, divinités vaudous, totems, flamme de la liberté, cris, crissements de pneus, collages, couleurs signés SAMO (Same Old Shit), des œuvres nerveuses sur carton, palissade, porte de frigo, tout ce qui me tombe sous la main, tableaux pas vraiment, art sûrement, peintures dont l'auteur dira qu'elles sont à 80% de la colère.

mardi 26 octobre 2010

Sans titre 3

...

Ça se résume souvent à ça, la vie d'un homme : une fille qui habitait trois rues plus loin.

...........

vendredi 15 octobre 2010

La chambre aux armoires, Les Amnésiens (2)

     Elle est assise au centre d'un grand canapé de velours dans une pièce immense tapissée d'armoires lourdes et verrouillées. Elles forment malgré leur diversité un front uni et serré comme des sentinelles robustes au coude à coude. Leur alignement compose une haie compacte qui masque les fenêtres qu'on devine, par endroit, aux rais de lumière ténus qui filtrent entre elles.
     Quoiqu'elles soient toutes de bois ouvragé, chacune se distingue des autres par son aspect, sa taille et sa forme. Certaines, étroites et élancées, touchent le plafond pourtant haut, d'autres plus trapues n'en sont pas moins imposantes et sombres. Quelques-unes sont flanquées de serrures énormes auxquelles ne peut s'adapter aucune clef tenant dans la main d'un homme ; la plupart, en revanche, en semblent dépourvues et les yeux s'épuisent à chercher un orifice qui puisse en faire office au sein des entrelacs sculptés de décors floraux exubérants et de faces de gargouilles émergeant des larges battants.

mercredi 6 octobre 2010

Fils de mai

Au-dessus de son berceau, se penche une fée sous LSD. L'œil prophétique, elle lui annonce la bosse des maths, un sourire enjôleur et, un signe particulier que ses difficultés d'élocution floutent de mystère. Le signe particulier toujours tu garderas, le secret à l'âge d'homme tu lèveras !
Voilà matière à désorienter une vie et forger le caractère. Exprimé plus sobrement, il était né sans père.
"Tu as été conçu en plein mai 68", exhalait sa mère en allumant un joint sur le balcon.
Il accueillait chaque fois le couplet avec perplexité, comprenant mal le glissement sémantique du géniteur au contexte sociopolitique de la fécondation.
Il était fils de Révolution. Cela ne remplace pas un père, mais il berça ainsi sa tristesse : après tout, ce n'était pas si mal, c'était mieux que fils de rien ou fils de pute.
Il revisita l'information à l'adolescence avec fierté et même une pointe de vanité, se découvrant un penchant pour l'utopie, un germe de vocation pour les grandes causes : survie des baleines bleues, combat contre la torture dans les prisons argentines, alphabétisation de l'Afrique...

mardi 28 septembre 2010

Est-ce un rêve ? Un souvenir ? Les Amnésiens (1)


Violet épais. Assombri par sa densité même. Violet saturé, gagné par une obscurité au rythme pesant et régulier de dinosaures.
Voilà le sommeil des Amnésiens.
Violet lent, infiniment.
Au cœur d'une mer épaissie de pétrole, maintenu au fond des eaux sans toucher encore un sable improbable, on flotte, en apesanteur. Dans l'univers en expansion et au-dedans de soi, pareillement, violet sourd et aveugle. Le rythme cardiaque ralentit, chaque pulsation toujours plus éloignée de la précédente. La respiration devient imperceptible. La vie s'économise. Dans ce velours visqueux et pénétrant, aucun mouvement ne trouve son accomplissement. Des gestes d'une lenteur exaspérante naissent et, péniblement s'étirent tant ils sont empêchés. L'attention vaguement alertée par ces déplacements se lasse et s'en détourne. Le violet déjà s'est refermé sur eux. Point de sens à ces gestes rares du dormeur qui s'achèvent dans l'oubli de ce qui les a provoqués.




vendredi 10 septembre 2010

Misère honorable

On me commande un texte sur les lectures des lycéens d'aujourd'hui. Pour ne pas livrer un travail indigne, même sous un nom d'emprunt, je cherche, vérifie, croise les informations, écris, réécris, relis... et là, quelle mouche me pique ?! Est-ce à dire que ne me comble pas l'honneur qui m'est fait de pouvoir écrire ? J'effectue un bref calcul et j'arrive à 5,72 € de l'heure...
Je suis prête pour la délocalisation en Inde.