mercredi 17 novembre 2010

Cœur de fonte

Rends-moi beau
Rends-moi fort
Approche-moi de l'éternité
Danser
Espérer, s'épuiser
Corps de guimauve, cœur de fonte
Lourd, lourd,
Toujours la même histoire
Même les dieux en ont marre

mercredi 10 novembre 2010

La faim

Au milieu des labours, le centre commercial forme une figure géométrique complexe, d'un gris perlé délicat aux reflets métalliques. En fin d'après-midi, quand le ciel est dégagé, le soleil se multiplie sur ses nombreuses facettes ; alors, il rivalise sans effort avec l'astre lui-même. Vers lui convergent les habitants des villes voisines et même, de tout le département.
Une fois par semaine, tu te rends au centre commercial, tu pousses ton caddie à travers le quadrillage impeccable des allées de l'hypermarché où s'écoulent la douce rumeur des consommateurs conquis et la voix hypnotique des annonces promotionnelles. Parfois ton fils t'accompagne mais la plupart du temps tu le laisses à la garde d'une voisine. Tout ici suscite son envie et sa jeunesse lui interdit de comprendre la cruelle supériorité de la nécessité sur le désir. Tu déposes dans ton caddie des conserves de marque distributeur, des kilos de pâtes, des yaourts et, en fonction des offres des têtes de gondole, pour le plaisir, tu prends une tablette de chocolat aux noisettes, un lot de socquettes.

jeudi 28 octobre 2010

Dessine-moi une tête de mort






















Tandis que du côté de Saint-Marc (département de l'Artibonite, Haïti), des rigoles de merde serpentent entre les baraques, à Paris, on célèbre le petit prince d'origine haïtienne Basquiat, dont les toiles atteignent jusqu'à 14 millions de dollars pièce.

Têtes de mort, couronnes, jeux d'enfant, divinités vaudous, totems, flamme de la liberté, cris, crissements de pneus, collages, couleurs signés SAMO (Same Old Shit), des œuvres nerveuses sur carton, palissade, porte de frigo, tout ce qui me tombe sous la main, tableaux pas vraiment, art sûrement, peintures dont l'auteur dira qu'elles sont à 80% de la colère.

mardi 26 octobre 2010

Sans titre 3

...

Ça se résume souvent à ça, la vie d'un homme : une fille qui habitait trois rues plus loin.

...........

vendredi 15 octobre 2010

La chambre aux armoires, Les Amnésiens (2)

     Elle est assise au centre d'un grand canapé de velours dans une pièce immense tapissée d'armoires lourdes et verrouillées. Elles forment malgré leur diversité un front uni et serré comme des sentinelles robustes au coude à coude. Leur alignement compose une haie compacte qui masque les fenêtres qu'on devine, par endroit, aux rais de lumière ténus qui filtrent entre elles.
     Quoiqu'elles soient toutes de bois ouvragé, chacune se distingue des autres par son aspect, sa taille et sa forme. Certaines, étroites et élancées, touchent le plafond pourtant haut, d'autres plus trapues n'en sont pas moins imposantes et sombres. Quelques-unes sont flanquées de serrures énormes auxquelles ne peut s'adapter aucune clef tenant dans la main d'un homme ; la plupart, en revanche, en semblent dépourvues et les yeux s'épuisent à chercher un orifice qui puisse en faire office au sein des entrelacs sculptés de décors floraux exubérants et de faces de gargouilles émergeant des larges battants.

mercredi 6 octobre 2010

Fils de mai

Au-dessus de son berceau, se penche une fée sous LSD. L'œil prophétique, elle lui annonce la bosse des maths, un sourire enjôleur et, un signe particulier que ses difficultés d'élocution floutent de mystère. Le signe particulier toujours tu garderas, le secret à l'âge d'homme tu lèveras !
Voilà matière à désorienter une vie et forger le caractère. Exprimé plus sobrement, il était né sans père.
"Tu as été conçu en plein mai 68", exhalait sa mère en allumant un joint sur le balcon.
Il accueillait chaque fois le couplet avec perplexité, comprenant mal le glissement sémantique du géniteur au contexte sociopolitique de la fécondation.
Il était fils de Révolution. Cela ne remplace pas un père, mais il berça ainsi sa tristesse : après tout, ce n'était pas si mal, c'était mieux que fils de rien ou fils de pute.
Il revisita l'information à l'adolescence avec fierté et même une pointe de vanité, se découvrant un penchant pour l'utopie, un germe de vocation pour les grandes causes : survie des baleines bleues, combat contre la torture dans les prisons argentines, alphabétisation de l'Afrique...